Les sciences humaines et sociales comme celles de la culture sont le réservoir de sens d’une société et médium par lequel celle-ci se réfléchit et se reflète. En conséquence, ces domaines scientifiques se caractérisent par leur objet qui repose sur la langue et y prend forme. Suivant cette hypothèse, quelle serait la place de la traduction en sciences humaines et sciences sociales? La traduction d’un texte inconnu dans une certaine langue conduit souvent à des changements importants dans les champs de savoirs associés à la langue cible. Aussi, en revisitant certaines notions ou théorèmes clés, la nouvelle traduction d’un texte déjà connu peut mettre en cause l’ensemble d’une discipline. Comment les traductions en sciences humaines marquent-elles la pensée de leur époque et quelle influence exercent-elles sur la production de nouvelles connaissances et sur la révision de connaissances existantes ?

Dans cette même ligne de pensée, nous pouvons constater qu’une traduction, notamment en sciences humaines, s’inscrit nécessairement dans un contexte social, culturel ou historique préalable duquel elle ne peut être séparée. Depuis la décision d’engager la traduction d’une œuvre jusqu’à sa publication dans un milieu éditorial donné, le travail de traduction s’inscrit dans un processus socio-culturel dans lequel les systèmes de valeurs spécifiques à chaque pays sont également transmis et réinterprétés. Quelle est la dimension politique de la traduction en sciences humaines et sciences sociales et comment contribue-t-elle à créer des réalités discursives ?

Il est vrai que l’échange intellectuel entre la France et l’Allemagne s’est inscrit pendant des décennies dans le contexte historique précis et complexe de l’après-guerre. Aujourd’hui, la réalité éditoriale semble pourtant bien changée. Ce n’est plus un échange bilatéral entre deux pays qui serait au cœur de la question mais la circulation des savoirs à l’échelle mondiale. Quels sont les nouveaux défis pour un éditeur qui essaie d’agir dans un monde de plus en plus vaste et en plein changement dans lequel il est devenu très difficile d’identifier les différents courants de la pensée à travers des nations? Quelle importance ont le plurilinguisme et la traduction dans un monde scientifique dans lequel l’anglais gagne une prépondérance indéniable? Comment diffuser et propager les sciences humaines aujourd’hui, à l’ère numérique et en pleine crise éditoriale? Mais aussi : Quelles sont les mécanismes de sélection qui mènent à la réalisation d’un projet de traduction ? Quels critères guident le choix d’un éditeur étant donné qu’un projet de traduction présente toujours un risque financier considérable?

C’est dans le but d’approfondir ces questions concernant notre monde intellectuel actuel, que la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme, le DAAD (Office allemand d’échanges universitaires) à Paris et la DVA-Stiftung, fondation placée sous la régie de la Robert Bosch Stiftung, se sont réunis en 2014 pour proposer des projets facilitant la rencontre entre les différents acteurs dans le champ franco-allemand de la traduction et de l’édition. L’initiative phare de cette coopération est la rencontre des traducteurs en sciences humaines et sciences sociales dont une présentation détaillée est accessible sur ce site.

Ce site servira également à propager d’autres projets en lien avec la traduction en sciences humaines et sciences sociales et de forum pour favoriser la création de réseaux professionnels. Nous y présenterons surtout le catalogue de la Bibliothèque allemande, collection publiée avec le soutien du Goethe Institut Paris et du DAAD aux éditions de la Maison des Sciences de l’Homme à laquelle la rencontre annuelle des traducteurs est rattachée. Aussi, des projets partenaires en lien avec les questions de la traduction en sciences humaines et sciences sociales y seront affichés.